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Confinement, déconfinement, incertitudes… Que faire en attendant ?

Réinvente-toi toi même !

Il ne s’agit ici ni d’une analyse, ni même d’un décryptage exhaustif de la récente intervention jupitérienne concernant la culture et ses nombreux acteurs. D’autres s’en sont déjà brillamment chargés. Simplement revenir sur l’une des principales injonctions, qui revenait comme un mantra dans un discours par ailleurs assez nébuleux : la nécessité vitale pour nos métiers de « se réinventer »…

Passons vite sur le decorum et la mise en scène de la séquence. Le bordel sur la table pour faire croire qu’on y a passé toute la nuit, l’indémodable « je suis en bras de chemise retroussée, je suis au charbon » qui a depuis longtemps fait ses preuves en communication politique. Tiens, ne nous attardons pas plus que ça non plus sur le ton et les gestes, qui en ont pourtant surpris plus d’un. Un genre de véhémence surjouée qui cherche à se faire passer pour de l’inspiration, à grands renforts de moulinets brassant l’air confiné. Riester à côté prenait des notes en faisant gaffe à ne pas se récolter une beigne au passage, conséquence de la fébrilité gestuelle de son patron. Certains ont cru y voir un genre de debrief en after, dopé aux psychotropes revigorants. L’un n’empêche pas l’autre mais je pense que mon ami philosophe Jean Martial-Guilhem, également contributeur émérite de ce blog, a vu juste : en fait, il incarnait l’image qu’il se fait de l’artiste. Il jouait à ceux qui jouent. D’où les références absconses à base de félins à chevaucher et autres casse-croûtes de fond de cale lors du naufrage…

source inconnue, mais bravo

Abstraction faite de toute cette kermesse, il nous demande donc de nous réinventer. Bien. Qu’est-ce à dire ? Ma première réaction a été de penser « Ben heureusement qu’on n’a pas attendu que tu nous le demandes ». Le secteur culturel est, par essence, le champ de l’invention. Il s’organise autour d’artistes, d’auteurs qui inventent en permanence (pour la plupart en tout cas !). Avant toutes ces histoires, rappelons que de vastes pans des métiers de la culture étaient loin de nager dans l’opulence et que pour s’y faire une place viable, il s’agissait souvent d’être malin et capable d’inventer des formes et modèles inédits. Mais le président semble tenir au préfixe « Ré ». Il s’agit donc d’inventer à nouveau nos inventions d’avant ? Bigre, ça se corse… Et gageons qu’il ne demandera ça qu’à notre secteur. Quand le gouvernement lâche 7 milliards à Air France, il ne leur demande pas de réinventer l’aviation civile. Tiens la preuve : les licenciements sont déjà prêts sur le bureau.

RÉinventer, ça doit donc vouloir dire qu’il faut que l’on se remette en question, que l’on transforme nos pratiques. Que tant que les circonstances sanitaires nous empêchent de faire nos métiers, il faut trouver d’autres chemins… Et je suis en partie d’accord avec ça. Il ne s’agit absolument pas de mettre qui que ce soit en danger (public, artistes ou personnels) sous prétexte que the show must go on à tout prix. Cette situation inédite de confinement a donné lieu à de nombreuses créations, initiatives, de nouveaux échanges… Ce blog en est d’ailleurs une modeste illustration. Tout cela se fait en réaction à une contrainte imposée mais nécessaire et c’est souvent salutaire, parfois anecdotique mais rarement inutile…On ne peut pas pour autant en faire un système, ni un nouveau modèle…

Toutes les disciplines artistiques, toutes les esthétiques et inspirations ne se prêtent pas forcément au format vidéo sur internet. Tout ne se prête pas non plus aux interventions en milieu scolaire. Le secteur de la culture ne se résume pas uniquement aux artistes et auteurs, même s’ils en sont la clé de voûte. Je ne vais pas lister ici tous les métiers indispensables à son organisation mais ils sont innombrables. Certains relèvent de l’intermittence, d’autre pas. Et enfin, il s’agit de ne pas oublier non plus toutes les structures et professions directement liés à ces activités : toutes les salles de spectacle, tous les prestataires techniques, événementiel, attachés de presse, catering, prévention et sécurité, billetterie, affichage etc. Il faut qu’il se réinventent eux aussi ? À nous de veiller à nous méfier du corporatisme autant que du COVID 19 et ne pas nous borner à la seule défense de nos intérêts propres. Ce serait une regrettable erreur. C’est le spectacle vivant que nous défendons bordel ! Et jusqu’à preuve du contraire cela se passe – et se passera toujours- sur scène et devant un public. Et pour que cela soit possible, c’est le maillage de l’ensemble de ces professions qu’il s’agit de préserver et défendre.

Reste au président et à son équipe d’envisager la question dans sa globalité, sa complexité et l’inter-dépendance des sujets. Quand on s’adresse au secteur culturel, on se s’adresse pas seulement aux artistes. C’est pas parce que t’as Sandrine Kiberlain dans le viseur des vignettes de ta réunion Zoom qu’il faut te prendre pour Al Pacino en plein master-class et débiter des fadaises vaguement cultureuses, sans tenir aucun compte de la réalité pluridisciplinaire, interprofessionnelle, des divers statuts, des différences entre public et privé, subventionné ou pas… Bref, nous proposer une véritable pensée, une vision globale, au lieu de faire le malin. Ça nous permettra de nous positionner en connaissance de cause, parce que là, en l’état, c’est difficile… En conclusion, il serait grand temps de vous réréinventer Monsieur le président.

Par Loic Castiau

2 réponses sur « Réinvente-toi toi même ! »

On est pas loin de ce que préconise le Front National . La kermesse ! C’est des amateurs au service des collectivités … qui font mumusent pour les enfants, la famille, la patrie… Deux ou trois grands show qui représentent la France et c’est parti

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